Question de Koen Geens à Alexander De Croo (premier ministre) sur "Le budget et le FMI"

Parlementaire tussenkomsten

Koen Geens (CD&V): L'économiste américaine Stephanie Kelton affirme dans un livre au sujet des théories monétaires qu'il faut tordre le cou au mythe de la dette publique. Cela demande toutefois la souveraineté monétaire et la souveraineté par rapport aux taux d'intérêt, ce dont nous ne disposons pas. L'inflation et le chômage doivent en même temps être maintenus sous contrôle. La bonne nouvelle pour nous, c'est que la croissance économique sera spectaculaire cette année, que le nombre de faillites n'atteindra pas des sommets catastrophiques et que le marché de l'emploi est en pleine reprise.

Des nouvelles moins réjouissantes pour l'avenir nous parviennent toutefois aussi: le déficit budgétaire atteindra 5,6 % à la fin de la législature alors que le taux d'endettement atteint 120 % et tout le monde craint une possible inflation. Aujourd'hui, en effet, nous survivons toujours par la grâce de taux d'intérêt très bas.

Comment le gouvernement compte-t-il s'y prendre pour combler le déficit, tant au niveau fédéral qu'interfédéral? Quid de la réforme fiscale annoncée? Quelles mesures le gouvernement compte-t-il prendre concernant le marché de l'emploi et le taux d'emploi?

Que feront l'Europe et la BCE? Qu'adviendra-t-il du pacte de stabilité, du pacte de croissance et de la procédure de déficit excessif?

Alexander De Croo, premier ministre (en néerlandais): Le FMI livre un jugement positif à propos de notre campagne de vaccination et considère que nous avons trouvé le juste équilibre entre santé et économie. Si nous avions reçu voici six mois les prévisions de croissance du FMI, lesquelles concordent avec celles de la Banque nationale, nous aurions signé des deux mains avec enthousiasme.

La dette publique est une réalité incontournable. Elle ne disparaîtra pas d'un coup de baguette magique et la minimiser ne me paraît certainement pas intelligent. Je ne partage pas la nouvelle théorie monétaire et nous nous en tenons à la politique budgétaire définie dans l'accord de gouvernement. L'assainissement des finances publiques sera lié à la croissance et à la relance. Une forte croissance permettrait de constituer un matelas de sécurité pour stabiliser la dette publique dans un premier temps et la réduire ensuite. Si une nouvelle crise devait éclater, il est important de disposer d'une certaine marge. La nouvelle théorie monétaire développe une conception différente à laquelle je n'adhère cependant pas.

Des réformes structurelles sont vitales. Le FMI met le doigt sur la plaie: notre taux d'emploi est trop faible et si nous voulons inverser cette tendance, il faudra réformer le marché de l'emploi.

Le pacte de stabilité et de croissance (PSC) est à l'ordre du jour des discussions du Conseil ECOFIN et de l'Eurogroupe. Le ministre Van Peteghem y défend la position de notre pays, laquelle consiste à dire que le PSC ne doit pas disparaître purement et simplement. Il me semble évident que la clause dérogatoire générale pour 2022 doit être temporaire. L'Europe doit se pencher sérieusement sur une modification du PSC afin de stimuler autant que possible la reprise économique. Il s'agit d'une discussion cruciale qui devra être menée prochainement.

Koen Geens (CD&V): Churchill a dit que "plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur". Sous le gouvernement Di Rupo, la crise de la dette a suivi la crise bancaire et sous le gouvernement Michel, la crise migratoire a suivi la crise du terrorisme. Je vis aujourd'hui dans la crainte que cette première crise soit quasi automatiquement suivie d'une deuxième.

Les déclarations du premier ministre à propos du PSC ne me rassurent absolument pas. À court terme, l'Europe haussera les épaules parce qu'elle n'aura pas d'autre choix face à l'Italie mais l'inflation et les taux d'intérêt m'inspirent la plus grande crainte. Si les dettes d'intérêts augmentent, nous trinquerons. Je demande au gouvernement d'anticiper afin d'avoir une longueur d'avance suffisante.

L'incident est clos.